Comment parler de science, comment rendre la science accessible, et non facile, comment passer du croire au chercher?

Voilà qui fait couler bien de l'encre...
Comment apprendre sans (trop) de contraintes?

Les leçons de chose ont vécu, mais reste que les enseignements tirés des ouvrages de science populaire, les expériences du tonton et l'émerveillement face à l'étonnant, restent des moteurs magnifiques. Cette forme de poésie-science spontanée nous allons la mettre en avant et tout faire pour qu'elle devienne un carburant.

Métaphore mécanique certes, mais métaphore non sans raison. Nous userons de nombreuses métaphores, nous les filerons ces métaphores, pour citer le professeur Daniel Hameline.

Filer la métaphore? C'est un jeu, nous y jouons régulièrement.

Dès qu'il faut illustrer un propos, une idée pas si claire, une explication qui n'en fini pas, nous tentons une incursion sur le territoire des métaphores, ce n'est pas toujours réussi...

Alors il faut s'en sortir, chercher des images... Ce n'est pas si facile.

Filer la métaphore consiste à se laisser couler dans le courant, comme en kayak, ne jamais lutter contre le flot des contresens, et des échecs mais les utiliser comme des ressorts, des flippers et, sans perdre le cap pour autant, jouer avec.

Alors nous allons tenter des pistes. Et nous allons nous donner des moyens.

Le préconçu dont nous partirons est qu'apprendre consiste en produire du sens.

La Philosophe et historienne de l'éducation Britt-Mari Barth écrit:
«...le processus apprendre aboutit à une production qui est notre savoir personnel et qui nous aide à comprendre la réalité qui nous entoure. Cela peut paraître évident, mais nous ne faisons pas toujours attention au lien très étroit qui existe entre la façon dont nous apprenons – le processus – et la qualité de ce que nous apprenons – la production.» (1993)

Nous sommes dans un contexte hors champs par rapport à l'école, n'oublions pas que ce sont les loisirs qui sont notre contexte, mais nous sommes impliqués dans une démarche de fabrication de savoirs.
L'approche par la méthode expérimentale permet un constant va et vient entre la production et le processus: l'objet est mis en œuvre et réalisé par le participant d'une part, de l'autre nous allons mettre en scène le regard de l'autre et ses commentaires lors de moments que nous nommerons ici socialisation . Puis les participants retournent à la réalisation de leur objet.
Dans les faits cela se traduit par la mise en place d'un rythme de travail particulier.

A cadence régulière les enfants sont appelés à montrer et faire fonctionner l'objet qu'ils ont produit. On leur demande aussi d'exposer les idées qui les ont amené à cet objet particulier.
Les autres enfants sont appelés à réagir, à commenter et à proposer des pistes nouvelles et des remédiations ou des adaptations des productions présentées. Par production il faut comprendre aussi bien les objets que les théories, hypothèses et autres explications amenées par les participants.

Il va de soit que cela se fait dans le respect de l'autre, c'est incontournable, nous en reparlerons un peu plus loin.

Le plaisir d'apprendre passe en premier lieu par la découverte des richesses aux quelles ouvre l'utilisation de la curiosité, de la vivacité, de l'agilité de l'esprit qui cherche, qui désir comprendre. Cela dit, il faut savoir que cette quête est rarement dénuée de préconçu.

A vrai dire il est difficile de demander à quelqu'un d'aborder un sujet quelconque sans que n'existe en amont des conceptions qui sont purement personnelles.
Un exemple: demandez à quelqu'un de dessiner une goutte de pluie.

Vous obtiendrez une larme dans 90% des cas. C'est complètement faux, une goutte de pluie, à peu de chose prés, c'est tout rond, une sphère. Alors pourquoi ce dessin là ? Pourtant le modèle n'existe dans aucun livre de physique ou de météo... quoi que... A la télé le symbole de la pluie est une larme. (Depuis quelque temps c'est en train de changer à toute vitesse on voit de plus en plus de gouttes rondes.) Mais d'où a bien pu sortir cette idée? C'est ça une conception, c'est personnel, c'est bel et beau, ça eu marché, mais on ne sait jamais ni où ni quand, et tout soudain c'est tout faux.

Voilà, il faut savoir qu'un enfant qui pose une question est justement rempli de conceptions, et il y croit dans la mesure ou ça fonctionne bien dans sa représentation du monde. Les grands aussi d'ailleurs agissent souvent ainsi.

Combien de fois entends-t-on que: «le Coca ça dissout la viande, si, si je te le dis!» Et pourtant, qui a fait l'expérience? Qui est passé à l'acte? Parce que ce n'est pas vrai, mais alors pas vrai du tout.
Et pourtant, ... ça ne marche pas. Faites l'expérience, qu'est ce que ça coûte? Sinon on reste dans l'histoire de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours.

L'enfant possède intacte l'ingénuité, le culot, l'effronterie du passage à l'expérience. Et, bien souvent, il se fait réprimander parce qu'il a «fait une bêtise»... «Mais où va-t-il chercher tout ça?» Cré nom!

Eh bien nous allons encourager cela, et pour vous permettre de répondre, de mettre en scène juste et de ne pas installer d'idées fausse, nous allons tenter, par ce cahier, de vous donner des images pertinentes, des références reconnues et susciter en vous l'envie d'en savoir plus. D'aller plus avant.